Au lycée, les nouveaux programmes de mathématiques sont-ils trop difficiles ?


Léo n’a guère envie de reprendre, pour la rentrée des vacances de Toussaint, le chemin du cours de maths. Cet adolescent de 16 ans, qui étudie en classe de 1re dans un établissement de la banlieue de Lille (Nord), est pourtant un « matheux », lui qui se destine à des études de médecine. Mais, deux mois après la rentrée, il est plus que déçu par le nouveau programme, créé dans le cadre de la réforme du lycée qui se met en place cette année.

« Si ça ne tenait qu’à moi, je laisserais tomber ; ce ne sont pas des maths intéressantes, déplore le lycéen. On n’a pas le temps de comprendre. Pendant le cours, la prof nous donne des formules et un exercice type. A nous d’essayer de nous débrouiller à la maison pour voir ce que ça signifie. »

«Que des élèves soient en difficulté, c’est vrai»

Léo, qui a sous la main deux parents scientifiques, surnage. Antouf, en 1re dans le même lycée que Léo, « s’entraide » avec des copains pour cette année, mais a déjà décidé de jeter l’éponge pour l’an prochain. « Ma prof de maths de seconde m’avait prévenu que ça allait être difficile, mais je ne pensais pas à ce point ! » confie ce garçon, qui rêve pourtant d’études d’ingénieur.

Trop dures, les maths ? « Il y avait déjà des élèves qui voulaient changer de filière dans les premières semaines de classe, avant la réforme : il est encore trop tôt pour évaluer ce genre de choses », estime Edouard Geffray, le directeur général de l’enseignement scolaire (Degesco), qui concède toutefois que « la question va être expertisée ».

Jean-Charles Ringard, le chef de projet qui dirige le comité de pilotage de la réforme du lycée, installé cet automne par le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer, se montre nettement plus affirmatif. « Que des élèves soient en difficulté, c’est vrai », admet cet inspecteur général. « On a dans les salles de classe un public au niveau plus hétérogène que les années précédentes, c’est un fait, et des effectifs par classe qui peuvent être chargés. »

Autant d’effets induits par la réforme du lycée, laquelle, en supprimant les anciennes filières L, ES et S, n’en finit pas, par effet domino, de bouleverser en profondeur toute l’organisation du lycée et le contenu des enseignements.

«Le programme est fait pour de très bons élèves»

Le fond du problème avec les maths est une affaire de géométrie. Les élèves qui ont choisi cette spécialité n’ont pas tous le profil de fort en thème pour lequel a été pensé le programme. Et pour cause : ils sont très nombreux à l’avoir cochée, par goût pour certains, par sécurité pour beaucoup d’autres qui craignaient que l’absence de maths dans leur CV ne leur ferme des portes pour les études supérieures. Le hiatus se résume à deux chiffres. Avant la réforme, l’ancienne série S spé maths concernait 28 % des élèves. La nouvelle spécialité maths rassemble aujourd’hui 67,7 % des élèves de 1re, selon les remontées encore partielles parvenues au ministère de l’Education.

« On ne répond pas aux attentes de ceux qui ont choisi cette matière. Le programme est fait pour de très bons élèves tournés vers les sciences physiques, pas pour les autres », résume Sébastien Planchenault, le président de l’Association des professeurs de mathématiques de l’enseignement public (Apmep).

Des ajustements en vue

Le comité de pilotage a prévu de se saisir du sujet lors de sa prochaine réunion, en décembre. Plusieurs lycées ont d’ores et déjà décidé de mettre en place, à partir de la semaine de rentrée, des cours de soutien pour les élèves menacés de couler sous les notions, qui vont continuer de s’enchaîner à un rythme soutenu en ce retour de vacances.

Des ajustements, selon nos informations, pourraient aussi se dessiner pour la rentrée prochaine, pour les nouveaux élèves de 1re, avec la création éventuelle d’une nouvelle spécialité maths allégée, moins ardue que celle existant actuellement. Cette possibilité, réclamée à grands cris par l’association des professeurs de maths, n’a encore pas été soumise à l’arbitrage du ministre.

LE PARISIEN – Par Christel BrigaudeauLe 3 novembre 2019 à 21h07

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