Nicolas Sarkozy retarde encore la présentation de la réforme du lycée

MAXIME AMIOT ET CECILE CORNUDET, Les Echos [06/10/09  ]

Dans un climat social délicat, le chef de l’Etat décide pour la deuxième fois de prendre un peu plus de temps que prévu pour la réforme du lycée. Il aurait invité hier l’UMP à s’attaquer aux trois « i » : « impôts, insécurité, immigration ».

Prudence ou vrai recul ? Détaillant son plan PME (lire page 3), Nicolas Sarkozy a annoncé hier que la présentation de la réforme du lycée serait de nouveau décalée. Elle sera dévoilée « d’ici à la fin de l’année », a-t-il indiqué. Le ministre de l’Education nationale, Luc Chatel, avait pourtant promis « de présenter ce qui pourait être le prochain lycée » dans le « courant du mois de septembre », pour une mise en application « à la rentrée 2010 ». Certes, le président de la République n’a pas évoqué le report de cette date d’entrée en vigueur. « Je ne me déroberai pas », a-t-il même promis. Mais ses propos nourrissent les interrogations sur le contenu de cette réforme à l’itinéraire chaotique.

Plusieurs signaux

En décembre dernier, il avait déjà demandé à Xavier Darcos, alors ministre de l’Education, de décaler son projet prévu pour la rentrée 2009. Nicolas Sarkozy avait missionné Richard Descoings, directeur de Sciences po, pour émettre des nouvelles propositions. Son rapport, remis en juin dernier, s’était voulu consensuel, la réforme se concentrant sur une refonte de l’orientation, une réorganisation des filières ou encore l’apprentissage des langues vivantes.

L’année dernière, c’étaient les émeutes étudiantes en Grèce qui avaient incité le président de la République à temporiser sur la réforme du lycée ; cette fois, c’est l’extrême fragilité du climat social en France qui le pousse à la prudence. Certes, les organisations syndicales elles-mêmes ne semblent pas croire à une forte mobilisation, demain, lors de leur « journée mondiale » d’action. Mais plusieurs signaux se sont additionnés ces dernières semaines, contribuant à alerter l’exécutif. Le surprenant succès (y compris pour la gauche) de la « votation citoyenne » sur l’avenir de La Poste y est pour beaucoup : elle a mobilisé plus 2 millions de personnes. Les suicides en série chez France Télécom préoccupent également le chef de l’Etat, tout comme l’inquiétude persistante des Français sur la situation de l’emploi, comme le secrétaire général de l’UMP, Xavier Bertrand, le lui rapporte régulièrement.

Consolider son socle électoral

Ce climat dangereux conduit Nicolas Sarkozy à rechercher le pilotage le plus juste entre réformes nouvelles, fussent-elles impopulaires – taxe carbone, collectivités territoriales, dérive assumée des déficits -, et volonté d’être à l’écoute sur d’autres : le lycée donc, mais aussi la réforme des retraites, qui pourrait être reportée après les régionales. Au petit déjeuner des responsables de l’UMP, hier matin, Nicolas Sarkozy se serait montré très attaché à consolider son socle électoral traditionnel, invitant ses auditeurs à « défendre une politique qui combat les trois “ i  ”: impôts, immigration, insécurité ».

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